Épilogue
Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours pensé que ma vie n'était pas faite pour être normale, ou bien pour se passer sans incident. Il y avait toujours des choses, qui laissaient présager que le Destin m'avait choisie. Et c'est là, en tenant entre mes bras le corps de celui que j'aimais, que je regrettais vraiment de ne pas avoir pris cela pour une invitation au suicide, quand je le pouvais encore. Sa respiration était saccadée, et il hoquetait de temps en temps à cause du manque d'air. Son doux visage était couvert de sang mais il souriait. Pendant ce temps, je sentais que mes larmes coulaient le long de mes joues, et je les voyais tomber sur les siennes. Elles emportaient le sang, petit à petit, traçant des sillons roses parmi le rouge. Malgré sa souffrance, il souriait. Comme si il n'était pas sur le point de mourir. Comme si nous étions simplement dans la rue, main dans la main, comme autrefois. Je laissai échapper un sanglot. Tout était de ma faute. Si je n'avais pas été aussi stupide, si j'avais tout simplement accepté de le laisser partir, il n'aurait pas risqué sa vie pour moi. Et il ne serait pas en train de la perdre, là, sous mes yeux. Les siens s'éclairèrent, tandis qu'il me fixait avec tendresse.
« - Je t'aime.
- Moi aussi, répondis-je en laissant couler d'autres larmes.
- C'est suffisant. Tu verras, il ne nous séparera pas ...»
Lentement, dans le silence oppressant qui régnait, j'entendis son souffle devenir laborieux, puis cesser, subitement. J'eus beau l'appeler, je savais qu'il ne reviendrait pas. On l'avait tué. Je l'avais tué.



